25 septembre 2006
introduCtion : Catherine Amathéü, les yeux au ciel
L’oeuvre que conçoit l’artiste Catherine Amathéü intrigue, que ce soit par sa qualité, son expérience ou sa transversalité disciplinaire. Plasticienne complète, curieuse et déterminée tout à la fois, l’artiste livre au spectateur un travail abouti et pourtant sans cesse renouvelé. Passant avec plaisir et bonheur d’un champ d’expression à l’autre, l’imaginaire d’Amathéü se montre tout autant propice à exploiter ou détourner les moyens qu’offrent la peinture sur papier (pour ses travaux les plus anciens), la peinture sur soie, la broderie, la création d’artefacts en billes de verre, de luminaires ou de pièces vidéo.
Loin d’exprimer un quelconque éparpillement de l’artiste, ces techniques et réalisations ont en commun une double dimension. Premièrement, toutes s’élaborent et se génèrent au départ d’un même élément, à la fois support et révélateur : la lumière, modulée, revisitée, est toujours explorée comme véhicule du sens. Dans le travail d’Amathéü, les jeux de reflet, de fluidité, de densité ou de transparence - souvent matérialisés par les verres de lunettes agencés entre eux ou simplement posés sur les oeuvres, perturbant la lecture, par exemple, des nombreux supports littéraires qu’elle exploite - impriment au regard du spectateur une conscience pointue de l’ambiguïté des conditions d’existence, tant matérielles qu’immatérielles, de toute chose et ceci par la diffraction du sens qui les justifie.
Cette observation en amène une seconde : le travail d’Amathéü, englobant objets bi ou tridimensionnels, espace et lumière, sons et citations, conduit à considérer, à l’instar des théories du microcosme et dumacrocosme telles qu’elles régirent la conception médiévale du monde, que si chaque élément est une unique et indispensable pièce d’un infini puzzle, pareillement, en chacune se reproduit, sans simplification aucune, l’ensemble de la complexité de l’univers. Un tel travail, une telle démarche réflexive ne peut, bien entendu, souffrir de thématiques sans profondeur... l’insouciance - autant que l’esthétisme - n’a pas sa place ici, sinon pour renforcer ou cadenasser le véritable objet de la signification. L’artiste Catherine Amathéü rencontre la femme Catherine Amathéü; ensemble, elles quadrillent le champ d’investigation de la féminité qui leur est aussi intimement personnel que communément universel.
Qu’est-ce qu’être «femme» à l’heure d’aujourd’hui? Quelle place, quelles conditions, quelles ambivalences et contraintes consenties caractérisent au mieux la féminité contemporaine? Selon quels principes ou dilemmes? Autant de questions qui résonnent dans cette démarche particulière. Se côtoieront les images de l’isolement aux connotations carcérales, de la douleur comme vecteur conscient de surgissement du sens, de la puissance du rôle féminin au travers de son propre désir, de la grâce aussi, en un surprenant «ouvroir de conscience».
OEuvres à voir, à écouter, à lire ou à déchiffrer, disposées dans des lieux qui deviennent - par cette intégration vivante et pleinement signifiante - machine à ressentir, à penser et à ressentir la pensée...Tout ceci conduit immanquablement à considérer aussi bien les images d’extases religieuse ou sexuelle, que la dimension matérielle des oeuvres élaborées par Amathéü pour ce qu’elles sont exactement. Mêlant ancrage indéfectible à la réalité et proximité volontaire avec l’invisible au travers d’un labeur d’une incroyable minutie, ce travail s’inscrit pleinement dans la tradition de la mystique féminine telle qu’elle fut déjà définie tant par Hildegarde von Bingen que Thérèse de Lisieux : plein assentiment à ce qui nous dépasse et souvent nous échappe, mais par ce biais si aléatoire qu’empruntent les vérités des états du corps. Qu’importe que l’homme soit croyant ou athée, il reste profondément symboliste et avide de vérités cachées...
Car, en conclusion, si le travail que réalise Catherine Amathéü depuis plus d’une décennie se doit d’être compris ainsi qu’une longue et attentive mise en lumière de la pureté des choses - même les plus sombres, les plus noires ou, cela va de soi, les plus «sales»-, c’est qu’à chaque intervention se propose une histoire de sensualité entre l’oeuvre et le spectateur.
Otto Ganz
Catherine Amathéü, les yeux au ciel, approche de l’oeuvre, en cours.





