29 juin 2007
Plate paume

Aux premiers regards
on a compris qu'un jeu de cartes
était jetté au sol
Et qu'à un seul
reviendrait
d'en déchiffrer l'augure
(Otto Ganz)
26 juin 2007
Un moment du suave

J'ai cherché qu'y trouver : la dentelle faisait pansement sur la vie. Elle n’aurait pu être plus nue, sa peau avait pris un reflet nacré… une douceur perlière, irisée d’étranges coup de sang… très vifs. Des balafres, un treillis d’escarres, de vaisseaux capillaires contant un peu de la force qui se poursuivait longtemps derrière l’image. Tout en pétale, la chair glissant sur la surface gelée. Et mes yeux pour la caresser.
(Otto Ganz)
23 juin 2007
Quelques mots sur Otto Ganz

Otto Ganz aime à dire qu’il est né quelque part aux frontières de l’Allemagne et du Hainaut, aux alentours de 1970, de parents identifiés. Et il ajoute, pour qui en douterait : « Pas encore décédé à ce jour. » De cette existence aux contours fluctuants surgit une exigence : écrire et rendre audible les murmures de nos vies, tapis dans les recoins des visages que nous rencontrons sans les voir.
Récits et romans multiplient les narrateurs, tant féminins que masculins, du vieillard à la jeune adolescente, tous confrontés au vertige d’une logique affolée, que le langage alimente autant qu’il dénude. Les mots et leur machine pensante y grouillent, s’y triturent et s’enroulent autour des êtres pour en disséquer la conscience et ses petites commodités. Les textes d’Otto Ganz disent les séismes provoqués par les croisements de solitudes, et la tension pourtant toujours renouvelée vers cet Absolu cher aux Romantiques allemands.
Chaque récit tire des fils du brouhaha ambiant, mais c’est par l’intrication de chacun d’eux que le sens se construit. Pas une œuvre dont un détail ne renvoie à un acte déterminant d’une autre, de sorte que tous les personnages habitent, sans le savoir, le même monde, labyrinthique. Ils y explorent leur propre solitude, mais savent-ils l’attraction qui les pousse à se heurter les uns aux autres ?
Si Otto Ganz donne à entendre la part inévitable d’écho que charrie chaque destin isolé, il est lui-même avide de liens qui le nouent à d’autres voix, dans les romans à quatre mains avec Anne Guilbault ou Denys-Louis Colaux, dans l’image avec la plasticienne Catherine Amathéü, et dans la matière du poème avec Werner Lambersy.
Car Otto Ganz est aussi poète ; dans les recueils, qu’il livre avec parcimonie, le grouillement des récits fait place au souffle mesuré des mots, au plus juste de la brèche qui pourra entamer la masse compacte du réel. C’est ainsi qu’on entend, extraite du tumulte, la voix des âmes.
L’écriture d’Otto Ganz a quelque chose de grave, qui perturbe la pensée et force à s’asseoir pour l’entendre. J’aime l’écriture d’Otto Ganz, j’aime qu’elle me perde dans ses sinuosités. J’aime que l’écriture d’Otto Ganz me déboussole la pensée.
Égée
novembre 2006
22 juin 2007
Aux premières lueurs

Il fallait s'y attendre: le climat, l'humidité de la pièce, la jeunesse de ma partenaire, la chaleur de sa peau... Autant de détails qui, pris séparément, sont insignifiants. Leur présence conjoite aurait, par contre, dû attirer mon attention, voire faire tilter un petit signal très subtil dans mon cerveau. Peut-être fût-ce le cas? Il aura été, je l'affirme, bien faible. Mais il fallait s'y attendre: durant la nuit, et sans doute aux petites heures de lumière, l'alchimie avait opéré. Ce matin, dès mon réveil, ma compagne de couche était en fleur.
(Otto Ganz)
18 juin 2007
La nuit tombait

Comme chaque jour, elle ne surprit personne. La lumière s’était tamisée, mais très doucement. Puis persistait cette longue heure bleutée sur toutes les surfaces. On ne distinguait plus que le fantôme de certains objets; des silhouettes... Il arriva plusieurs fois que nous soyons pris à rêvasser devant les écailles de certains arbres. Moins souvent, il faut l’admettre, que nous nous embrassions.
(Otto Ganz)
15 juin 2007
Flamboyante

Les feuilles des arbres avaient rougi. « C'est l’automne » aurait-on pû conclure. Mais ça n’a même pas effleuré l'esprit, on était en plein mois d’août. C'était l'automne, il fallait bien l’admettre : le climat avait changé, les faits glissaient et prenaient de la vitesse. Une feuille de plexiglas jaune a été posée devant nos yeux, sans doute pendant la nuit, puisque lorsque nous avons ouvert les yeux, tout avait vieilli. Nous haletions, tendus, prêts à fuir ou, peut-être, à nous lancer dans la mêlée. Nous étions devenus cela : sans apaisement. L’air nous embrochait, rien d’autre.
(Otto Ganz)
12 juin 2007
Entre mes doigts, un peu de sel

On peut s’asseoir, oui, et regarder par-dessus son épaule. On s’étonne, alors, que le cours du temps semble se détourner. On s’étonne. Si le passé l’est tel, si l’avenir nous entoure, on s’étonne que, certains soirs, le présent soit si difficile à... comme dire? Accoucher?
(Otto Ganz)
09 juin 2007
On peut y voir

Au fond de toute chose
se délitent
des ombres serrées
(Otto Ganz)
07 juin 2007
pour toujours et à jamais au bord de l'eau

Lorsque j’ouvris l’enveloppe : juste ça, cette photographie. Rien d’autre, pas un mot. Ma femme occupée à faire l’amour avec une autre femme. Il y avait de l'eau et une seule femme. Elle avait relevé les yeux et fixait l’objectif. A son regard, j’ai su que le photographe, c’était moi.
(Otto Ganz)
05 juin 2007
Songe secret






