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"J'aimerais bien, parfois" 
Technique mixte sur bois, 11.6 x 14.3 cm 

 

 

Cela devenait obsédant. Ça me poursuivait, me rongeait, réveillait ma taupe, l’infernale taupe qu’à coup de tranquillisants j’avais, espérais-je, comme de juste tranquillisée. Mais elle me labourait les méninges, tripatouillait la crevasse, liquéfiait la ventraille et les glandes. Je le savais maintenant que tout était perdu, j’avais touché un instant de félicité, j’avais trouvé – on l’avait déposé là pour que moi, je le ramasse et personne d’autre – cet équilibre absolu qui unit le ciel et la terre, s’appuyant tous deux sur une immuable ligne fixe qu’on nomme l’horizon. Aristote a déclaré, si j’ai bon souvenir de mes lectures d’époque, que l’identité de chaque chose était sa première limite immobile. Or, moi qui avais touché un minuscule instant cet équilibre, où me retrouvais-je désormais, surchargé de cette entêtante conscience ? La première limite immobile du ciel est la surface de la terre. La tristesse est entrée par une oreille et a rencontré la taupe. La première limite immobile du ciel est la surface de la terre. Toutes deux me repeignent l’intérieur. Il m’est arrivé d’essayer mesurer le poids de tristesse que mon cœur traîne. La première limite immobile du ciel est la surface de la terre ? Sans surprise, je me suis toujours détesté avant d’en avoir fait l’exact compte.

(Otto Ganz, l’amant creux