29 septembre 2007
La respiration de Rose

Je m’étais assis au pied du lit. Je ne voulais pas réveiller Rose. Son ventre se soulevait très doucement, puis redescendait. Il n'y avait plus que ce mouvement-là qui prenait mon attention. Je n’attendais rien, j’avais trouvé. Quoi ? Je l’ignore encore, une seule chose était certaine, je n’attendais rien, j’avais trouvé. Mais comme toujours dans ces situations, tout le romantisme du monde n’y changera rien, le cliquetis est là. La lame se réarme, j’entends les ressorts qui se tendent dans une vibration presque inaudible, masquée par l’oscillation de son nombril. M’a explosé dans la tête cette vieille angoisse et son relent de graisse brûlée… Tant qu’est vie, ne peut être aucun apaisement…
(Otto Ganz, La toute fine ombre des fleurs)
22 septembre 2007
En finir avec le destin

L'oeil du poisson
au creuset
de la paume
10 septembre 2007
Il arrive que l'on se perde

J'ai crû, mais j'étais si abruptement jeune, si peu au fait des arcanes de notre parcours, que le suicide était un acte de désespoir. L’idée était belle et ne manquait pas de panache, ni de philosophie. J’ai vieilli. Trop. Pas assez vite. Comme chacun en fait : au rythme qu’on prend dans le temps qui nous entoure. J’ai lu, beaucoup, trop lentement, trop aveuglé. J’ai observé aussi. « Sans observation, il n’est pas de conscience » nous dit-on. J’affirme moi que sans observation, il n’est pas de lucidité quant à l’impudeur de notre cécité !!! J’ai parlé, enfin. Trop, trop lentement, trop vite, trop bas ou trop fort, jamais suffisamment pour me faire comprendre. Au point d'avoir douté de cet objectif pour chercher d’autres raisons ou excuses à ma parole, les biffant toutes, unes à unes jusqu’à me taire. Et dans tout ceci ? Qu’ai-je appris, moi, qui puisse servir à quelqu’un ? Rien. Sinon, peut-être, que notre logique nous piège, que les mots nous tirent dans l’absurdité. Que le désespoir nait de cette conscience d’inutile. il ne conduit pas au suicide, mais la logique qu’il propulse rend l’horreur incontournable. Avec la fatigue, cette fatigue incrédule devant le spectacle à peine déchiffré du monde. Sinon, enfin, que nous avons tous, et moi autant qu’un autre, le devoir de ne pas toujours chercher le sens des choses qui surviennent. Toutes en possèdent un, oui, mais de toute évidence aucun ne nous sauve.
(Otto Ganz, Monologue d’une âme, extrait)





