23 juin 2007
Quelques mots sur Otto Ganz

Otto Ganz aime à dire qu’il est né quelque part aux frontières de l’Allemagne et du Hainaut, aux alentours de 1970, de parents identifiés. Et il ajoute, pour qui en douterait : « Pas encore décédé à ce jour. » De cette existence aux contours fluctuants surgit une exigence : écrire et rendre audible les murmures de nos vies, tapis dans les recoins des visages que nous rencontrons sans les voir.
Récits et romans multiplient les narrateurs, tant féminins que masculins, du vieillard à la jeune adolescente, tous confrontés au vertige d’une logique affolée, que le langage alimente autant qu’il dénude. Les mots et leur machine pensante y grouillent, s’y triturent et s’enroulent autour des êtres pour en disséquer la conscience et ses petites commodités. Les textes d’Otto Ganz disent les séismes provoqués par les croisements de solitudes, et la tension pourtant toujours renouvelée vers cet Absolu cher aux Romantiques allemands.
Chaque récit tire des fils du brouhaha ambiant, mais c’est par l’intrication de chacun d’eux que le sens se construit. Pas une œuvre dont un détail ne renvoie à un acte déterminant d’une autre, de sorte que tous les personnages habitent, sans le savoir, le même monde, labyrinthique. Ils y explorent leur propre solitude, mais savent-ils l’attraction qui les pousse à se heurter les uns aux autres ?
Si Otto Ganz donne à entendre la part inévitable d’écho que charrie chaque destin isolé, il est lui-même avide de liens qui le nouent à d’autres voix, dans les romans à quatre mains avec Anne Guilbault ou Denys-Louis Colaux, dans l’image avec la plasticienne Catherine Amathéü, et dans la matière du poème avec Werner Lambersy.
Car Otto Ganz est aussi poète ; dans les recueils, qu’il livre avec parcimonie, le grouillement des récits fait place au souffle mesuré des mots, au plus juste de la brèche qui pourra entamer la masse compacte du réel. C’est ainsi qu’on entend, extraite du tumulte, la voix des âmes.
L’écriture d’Otto Ganz a quelque chose de grave, qui perturbe la pensée et force à s’asseoir pour l’entendre. J’aime l’écriture d’Otto Ganz, j’aime qu’elle me perde dans ses sinuosités. J’aime que l’écriture d’Otto Ganz me déboussole la pensée.
Égée
novembre 2006
20 septembre 2006
CV OTTO GANZ
Spécialise de l’architecture funéraire, écrivain, poète, plasticien belge francophone né en 1970. Il a grandi dans les campagnes du Hainaut, a momentanément rapetissé en milieu urbain avant de se réfugier dans les vallées Orpoises en Brabant wallon. Y atteingnant désormais une hauteur de 174 centimètres pour une corpulence moyenne, il est l’auteur de plusieurs romans et recueils de poésie publiés en Belgique, en France et au Québec.
« La matière d’Otto Ganz est dangereuse, déjantée, comme une roue folle… une telle audace impressionne. Elle est moins d’un « esprit fort » que d’un authentique écrivain. »
Caroline Lamarche
Publications en revues : Le Fram, Nioques, Les Améthystes de Thyl, Sapriphage, Tija, ttc, Java, C4, Prospectus, le dernier #, Nouaison, Hermaphrodite, Formule, Marginales, Les cahiers chroniques, A l’index, Remue méninges, etc.
Prose
- Aline [Ed. Les Eperonniers, Bruxelles (1998)]
- Sarcophage [Edifie-LLN, coll. Maelström, Louvain-la-Neuve (1999)]
- aTCHoum [Ed. Les Eperonniers, Bruxelles (2000)]
- La Vie pratique [Ed. Blanche, Paris (2001)]
- L’Arbre d’Apollon, avec Denys-Louis Colaux, [Ed. Maelström, Bruxelles, (2002)]
- L’Enroulement [Ed. Hors Commerce, Paris (2004)]
- On vit drôle, avec Anne Guilbault [Ed. Maelström, Bruxelles, Adage, Montréal (2005)]
- La toute fine ombre des fleurs, premières pages, Bookleg [Ed. Maëlstrom, Bruxelles, 2006]
- Les vérités premières, avec Catherine Amathéü, [Ed. Ecolline, Flobecq, 2007]
- aTCHoum, édition augmentée et réécrite [Ed. Hors-Commerce, Paris, à paraître 2007]
- La toute fine ombre des Fleurs, illustrations de Catherine Amathéü [Ed. Maelström, Bruxelles, à paraître]
Poésie
- Ecce Homo, jeu-parti avec Werner Lambersy [Ed. Images d’Yvoire, Court-St-Etienne (2002)]
- Leçons de souffle, [Ed. Le taillis-pré, Châtelet (2003)] (Prix Polak 2005 de l’Académie Royale)
- Architecture des geôles, avec Daniel De Bruycker, [Ed. l’Amourier, Coaraze (Fra) ( 2003)]
- Voyage au Pays des songes, [Ed. du Cygne, Paris, 2007]
- Chambre d’Echos, [Ed. Le taillis Près, Châtelet, à paraître 2007]
Ouvrages collectifs
- Silenciaire, dans Silence, [Ed. Les Eperonniers (asbl Littérat’eur org.)], Bruxelles (1997)]
- Je reviendrai vous mordre dans Tôt ou Tard, [coédition Les Eperonniers/L’instant même (AQWBJ org.), Bruxelles/Québec (1999)]
- Césures et autre mirage dans Brêches, [Ed. Les Nuits urbaines, Montréal (2001)]
- « Ainsi passeront les pluies et les neiges… », dans Descentes dans le Maelström, [Ed. Images d’Yvoires, coll. Maelström, Court-St-Etienne (2002)]
- Poèmes dans Errances Bruxelloises, [Ed. du Cygne, Paris, 2004]
Anthologies
- VOITURIER (Michel), Sur les traces des écrivains du Hainaut occidental, Ed. La renaissance du livre, Bruxelles, 2001 ;
- LAMBERSY (Werner), La poésie francophone de Belgique, Ed. Le Cherche-Midi, Paris, 2002 ;
- FORMULES/revue des littératures à contraintes, Georges Perec et le renouveau, Paris, avril 2002 ;
- Ecrivains-Plasticiens, Maison du Livre, Bruxelles ; 2003 ;
- MYSJKIN (Jan), Hanenveren van diverse pluimage, Levende Franstalige poëzie uit België, Ed. Poéziecentrum, Gent, 2004,
- BARNARD (Benno), DIRKX (Paul), LAMBERSY (Werner)(avec la collaboration de Francis Danemark, Frank de Haes, Geert van Istendael ... et al), Ceci n'est pas une poésie, anthologie belge-francophone (Bilingue), Antwerpen, Amsterdam, 2005.
Catalogues
- Surtout pas de vagues, in Murmures des Sirènes, Cris des Matelots, catalogue de l’exposition Mer, Atelier 340, Bruxelles, 2006.
- La grande mystique du silence, approche de l’œuvre de Michel Casavant, in Michel Casavant, Catalogue, Montréal, 2007.
- De l’insoluble immobilité des corps, Autour de la peinture de Laurence Burvenich, catalogue, [à paraître].
Autres
- Poésie avec Werner Lambersy dans l’ouvrage Lit(h)anies, [Ministère de la Région Wallonne (1999)] ;
- «Noyaux » de prose et de poésie aux Editions de l’Heure, Charleroi : Lieux d’Usure, Lettre ouverte à Vincent Th. [1998] ; Amorcées-artifices ; Lire Avide ; La bête à Bondieu [1999] ; Cendres-Semences et Quelques empreintes inaudibles [2000] ; Pensées de Nicolas Grootheiligge, Tanneries de coton, Contre l’astrophysique et le modèle héliocentrique [2001] ;
- Diverses illustrations dont le recueil de Werner Lambersy Ecrits sur une écaille de carpe [Ed. L’amourier, Coaraze (1999)] ;
- Textes sélectionnés pour la réalisation d’une sculpture luminaire exposée à la Maison de la Culture de Tournai : Fêtes de la Francophonie (2001).
- L’invention du Passé, préface à LAMBERSY (Werner), La Toilette du mort, [Ed. L’âge d’homme, Lausanne, (2006)]
- 13 vertèbres à la douzaine, Bloc Editorial illustré par Catherine Amathéü [Ed. de l’heure, Charleroi, à paraître 2007]





