Amathéü & ganz

peinture, dessin, installation, vidéo, ex-voto... et textes

13 octobre 2008

parfois, mes doigts...

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    Image d’un autre temps. Mes doigts n’ont pas d’autres toucher que celui-là : une image ancienne. Comment dire ? Le lustré des formes… une patine un peu granuleuse, me rappelant que c’est là tirage d’amateur. Le papier lui-même : plus épais. Mes doigts ont la mémoire d’un toucher précis, datable, punaisable sur une ligne du temps, « comme tout ce qui est passé » ne manquera pas de remarquer l’esprit. Je l’emmerde… jamais plus que maintenant je ne n’ai détesté ou de détesterai tant mon esprit, ses manèges de chevaux de plomb, sa spirale. Jamais. J’emmerde ma pensée. Me répugne cette nasse grouillante qu'on se facilite la vie en disant "mon esprit". On ne devrait pas dire ça, pas dire "mon esprit", personne, parce que, dans la réalité, l'esprit est un seau tressaillant, un récipient pour une masse informe et pleine d'énergie, un magma d'insectes glissants les uns sur les autres, s'entrechoquant, carapaces contre carapaces, élytres contre pinces, gluants contre fluides répulsifs... Je m’exprime dans l’accident que je veux. Ma langue prime, parce qu’elle est imparfaite. Mes doigts priment par la perfection de leur mémoire. Mes doigts se souviennent de ce temps où le toucher de cette peau précise, prise à ce moment ancien, datable, millésimable, était une réalité à leur portée. Depuis, la peau n’a pas changé... les caresses ont évolués. Mes doigts, se souvenant du toucher de cette image, donnent à mes paumes l’ordre de se poser à plat sur la crevasse du monde. De part et d’autre, séparées par un gouffre, Blanche et Rose s’observent en chiennes de faïence. Le liseron enracine leurs pieds à chacune des rives du gouffre que je suis.

(Otto Ganz, L’Amant creux, en cours)

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08 septembre 2008

Note didactique (1)

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Il se peut que le poème
soit dénué de sensiblerie
devant la sonorité
des images

Et ce n’est pas ici qu’est le sens


O.G., Note didactique

à l'usage de ceux qui apprennent

à entendre les mots, éd. du Cygne, Paris, à paraitre

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01 septembre 2008

Ce qui rejoint

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    Un corps, ça flotte, oui… on se le dit... évidemment !!! Un corps de noyée, ça flotte. Voilà. Mais est-ce qu’on sait que la charogne, c’est sans intention qu’elle fait les choses ? Cette détestable propension des organes à l’apnée… à la baudrucherie. Rien n’est simple, et certainement pas de faire couler un corps. Trois jours de soleil et ça ballonne, une noyée. L’hiver, je ne dis pas, quelques semaines, quelques mois dans les pays de sauvages, le temps que dégèle la couche de glace, mais l’été... La putréfaction s’entame dès que le sang cesse de circuler dans un organe. Autant dire que ça va vite. L’été : trois jours et elles remontent. Il faut faire ses armes, revisiter ses classiques, taquiner de l’Ophélie ou de la suicidée de baignoire. Une noyée, ce n’est pas simple. Ça ne s’improvise pas. Les os s’en foutent, eux, mais les organes… leur incessant souci de palpitation, de gonflement, de rétention… Les os coulent, c’est connu, mais la chair, elle ? Elle flotte, oui. Elle flotte. Le corps est un ensemble de contenants, de la peau à la cellule, le corps est une accumulation de bulles, de la peau, de la membrane, à l’organe, à la poche, à la cellule... Lorsque vient la décomposition, ces bulles se chargent d’aérien, de gazeux. Le corps enfle, les chairs gonflent, les cellules s’amollissent. Le ventre s’arrondit la bulle par dessus la ligne de flottaison, le ventre se dresse, expulse le nœud du nombril, occupe le centre. Alors, forcées, les pattes s’écartent. La tripe apparait, poussée par les gaz, à tous les orifices. Ça prend des couleurs de noir et de nacre, ça glisse sur l’onde… les genoux surnagent et le visage, lorsque le courant est faible. Tout autour, sur l’eau, une auréole huileuse. Dans l’air, des moucherons… tout autour… le clapotis… L’odeur dit à mon cerveau « ce n’est pas une image ». Je tombe assis… le cla-po-tis…

(Otto Ganz, La génétique du désastre, en cours) 

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